Le Vide
« Alors, si tout va mal, c'est de notre faute ? »
« C'est la faute à qui, sinon ? rétorqua Lavoie en levant à nouveau les bras. Aux autres ? Nous sommes les autres ! »
« Pourquoi on se rend compte de rien, alors ? Parce qu'on est cons ? »
« Non, on n'est pas cons, répondit Lavoie. Mais on ne veut pas réfléchir ! On n'en a pas envie ! Déjà qu'on travaille sept à dix heures par jour, on ne se fera pas chier à réfléchir en plus ! Faisons comme tout le monde, à la place ! Écoutons les mêmes conneries que tout le monde, mangeons la même merde, achetons les mêmes cochonneries et pensons tous la même chose ! C'est plus simple ! C'est rassurant ! Et pendant un certain temps, ça marche ! On se croit heureux parce qu'on est ce qu'on nous dit d'être ! Et on y croit n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?
[...]
Ça marche, mais pour un certain temps seulement, reprit Lavoie. On finit par se rendre compte d'une chose abominable : même si on remplit notre vie de futilités, de mouvements vains et d'activités insipides, elle devient de plus en plus vide . »
Extrait de : Le Vide de Patrick Senécal
